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Point sur les questions Posées par les situations d’illétrisme en France

lundi 22 février 2010

Définitions
Dans la langue française, on distingue « l’analphabétisme » - la situation de ceux qui n’ont jamais appris à écrire et à lire leur langue - de « l’illettrisme » - celle des personnes ayant reçu un enseignement du Français en France qui n’a pas été retenu. Ces personnes se trouvent en grande difficulté pour lire, comprendre et pour écrire un texte simple. Cette définition s’étend à d’autres savoirs de base comme le calcul que nous n’aborderons pas dans cet exposé.
Ne rentrent pas dans cette catégorie l’apprentissage du « Français langue étrangère », c’est-à-dire, celles des étrangers adultes vivant en France et qui apprennent le Français.


Historique
En 2001, le gouvernement a créé l’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme (ANCLI).
Cette agence de structure très légère (quelques dizaines de fonctionnaires) comprend une base centrale à Lyon et un représentant dans chaque région (souvent déjà employé à d’autres missions).
Ces moyens limités ont permis en 8/9 ans, d’abord une prise de conscience du phénomène de l’illettrisme. Puis en 2004/2005 la mise en oeuvre d’une enquête nationale conduite par l’INSEE sur plus de 10.000 personnes de 18 à 65 ans qui a permis de mesurer l’ampleur de ces situations. Voici ses conclusions : « Parmi l’ensemble des personnes de 18 à 65 ans résidant en France, 7 % éprouvent de graves difficultés face à l’écrit, 5 % des difficultés moins importantes mais suffisamment fortes pour rendre difficile une communication vraiment efficace par l’écrit… Parmi les seules personnes ayant été scolarisées en France, 9 % sont dans ce cas et peuvent être considérées comme en situation d’illettrisme. ».
Pour ce dernier groupe, on est donc devant des situations d’échec scolaire auxquels il faut ajouter le fait que dans ce cas, le taux des personnes confrontées à l’illettrisme croît avec l’âge, probablement en raison de la perte progressive de savoirs trop fragiles. Ces questions ont conduit à créer en 2005 le « Haut Conseil de l’Éducation » (HCE) qui « établit chaque année un bilan des résultats obtenus par le système éducatif ».

Le rapport officiel 2007 du HCE est à ce titre, un terrible constat :
- 60 % des élèves obtiennent des résultats corrects à l’issue du primaire, mais…
- 25 % des acquis fragiles,
- 15 % connaissent des difficultés sévères ou très sévères,
- c’est-à-dire un total de 40 % d’élèves en situation délicate par rapport à l’école !
- le niveau à l’entrée au CP pèse très fortement sur les chances d’un cursus scolaire régulier (question de l’efficacité de la grande section de maternelle).
De fait, une enquête Sofres/Logica de septembre 2008 confirme le sentiment des Français : « 78 % jugent que la maîtrise de la langue à l’école est insatisfaisante, 60 % pensent que le niveau scolaire est plutôt moins bon qu’il y a 20 ans.

Les données prouvées sur les questions de l’échec scolaire
En France :
- INSEE 2006 « Les inégalités de réussite à l’école élémentaire » : Tout au long de l’école primaire, les inégalités de compétences dues à l’origine sociale ne sont pas corrigées par le cursus scolaire.
- DEPP 2007 « Lire, écrire, compter : les performances des élèves de CM2 à 20 ans d’intervalle 1987-1997-2007 » : Forte baisse depuis de niveau en 1997 par doublement du nombre des élèves les plus faibles !

Comparatifs internationaux :
- PIRLS 2006 « Évolution des performances en lecture des élèves de CM1 (10 ans) » :
La France est au-dessous le la moyenne européenne, stable par rapport à 2001 mais avec une forte surreprésentation de ses élèves dans le plus faible niveau européen.
- PISA 2006 (OCDE) « Enquête triennale sur les connaissances et les compétences des jeunes de 15 ans (400.000 élèves de 57 pays) » Pour la compréhension de l’écrit, la France qui était dans la moyenne des pays en 2000 est passée au-dessous en 2006 !


LA RÉALITÉ CONCRÈTE DE NOTRE SYSTÈME SCOLAIRE
Après trois ans de maternelle, environ de 20 % d’élèves du CP (6 ans) sont en situation d’échec scolaire précoce en particulier par rapport à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. En effet, les enfants de cet âge ne sont pas des pages blanches sur lesquelles on peut imprimer un programme standard. L’étude INSEE déjà citée et beaucoup d’autres le confirment, si rien n’est fait très rapidement pour aider ces enfants, les apprentissages étant par nature cumulatifs, celui de la langue étant central, les élèves en difficulté dès le départ vont continuer de connaître les mêmes problèmes, pour la plupart, durant les cinq années du primaire, puis jusqu’à la fin de l’école obligatoire à 16 ans. À quelques heureuses exceptions près, ces enfants se retrouvent dans les 10 % des jeunes (80.000 par an) qui sortent du système obligatoire sans aucun diplôme à 16 ans, système obligatoire que 2,5 % (20.000 par an) ont déjà quitté depuis un ou deux ans. De plus, juste au-delà de ces situations d’illettrisme, 7 % (56.000 par an) quittent l’école avec le seul brevet, sans qualifications professionnelles et 13 % (104.000) avec le seul baccalauréat ou bien ayant abordé des études supérieures sans les terminer !
Le bilan actuel de la scolarité dans le système français est donc le suivant (avec pour ces dernières années, plus de 800.000 enfants par classe d’âge) :
- Un total de 280.000 jeunes de 18 à 29 ans est en situation d’illettrisme (INSEE),
- Chaque année, 170.000 jeunes sortent du système scolaire sans qualification !
Ni les redoublements que l’on sait inefficaces (encore 20 %), ni les différentes formes de les plus courantes de soutien scolaire (à l’exception notable du système « Coup de pouce CLÉ » de l’APFÉE qui prend en charge près de 9.000 enfants, soit seulement 1 % des élèves du CP par an, mais avec un taux de réussite de 80 %), ne viennent enrayer cette mécanique d’échec, latente dès la grande section de maternelle. Sachant qu’en plus, selon les études déjà citées, la tendance serait plutôt à la dégradation de cette situation !


LES CAUSES POSSIBLES DE L’ÉCHEC SCOLAIRE PRÉCOCE
- Un faible pourcentage (estimé de 2 à 3 % ?) d’enfants en très grande difficulté, très handicapés dans leurs apprentissages par des problèmes : physiques (moteur, ouie, vue), mentaux (retards, dyslexie), ou bien psychologiques. Ces enfants qui ont des besoins très spécifiques sont encore aujourd’hui, trop souvent abandonnés à eux-mêmes.
- Une inégalité profonde des compétences des enfants en grande section de maternelle, en particulier dans leur maîtrise du langage parlé, enfants qui aborderont le CP avec des chances très variables de réussir en ce que la dernière année de maternelle ne les y aura pas préparés.
- Le découragement très rapide des enfants culpabilisés par des difficultés, que par nature, ils ne peuvent pas expliciter et dont le diagnostic se matérialise immédiatement par de mauvaises notes qui seront source de reproches plus que de remèdes.
- L’extrême rigidité des programmes (et de certains dogmes, comme celui de la méthode globale…) et leur application par l’instituteur à une « classe », sans qu’il puisse pouvoir prendre en compte assez des individus.
- L’ignorance ou la légèreté des parents qui délèguent ce rôle éducatif totalement à l’école, alors que leur propre rôle est déterminant.
- La diminution du temps alloué aux savoirs de base, au Français en particulier, au profit de nombreuses autres matières.
- Un temps d’appropriation des savoirs par l’élève qui a été progressivement réduit pendant les heures de classe pour se reporter, presque uniquement, sur les devoirs à la maison.
- Une plus grande complexité d’apprentissage du Français écrit par rapport à d’autres langues européennes (l’Italien par exemple, qui se prononce comme il s’écrit), complexité confirmée par les études comparatives faites dans les pays qui présentent plusieurs régions linguistiques dont le Français. (voir à ce sujet la méthode GATTÉGNO)
- Une formation insuffisante des maîtres.
- Plus généralement, une domination de la culture de l’image qui ne prédispose pas les enfants à s’intéresser et à se concentrer sur la langue écrite comme moyen de communication et de découverte. Ce faisceau des causes principales mériterait d’être encore d’être creusé tant la complexité des questions posées par la pédagogie est grande. Par exemple la détection précoce des handicaps masqués, les recherches sur notre capacité à acquérir les mécanismes de lecture et d’écriture, nos connaissances scientifiques sur la dyslexie restent encore très lacunaires.


LES CONSÉQUENCES HUMAINES, SOCIALES ET ÉCONOMIQUES
Les dégâts sociaux causés par l’échec scolaire précoce et l’illettrisme sont considérables :
- Ils représentent 3 à 4 millions de personnes en France sur les 40 millions en âge d’être actifs.
- Chaque décennie qui passe, c’est environ un million de personnes en situation d’illettrisme de plus, d’une employabilité problématique et fragile, que nous introduisons sur le marché du travail.
- Ces personnes, pour la plupart, n’attendent plus rien d’un système qui les a laissés stagner 10 ans à l’école de la République, sans leur venir en aide,
- La moitié des personnes en situation d’illettrisme est actuellement au chômage et/ou a renoncé à travailler.
- Plus de la moitié des 60.000 personnes qui est en prison sont des analphabètes ou des illettrées. Des études américaines conduites comparativement entre états ont démontré des corrélations entre un très faible niveau d’instruction et le taux de criminalité.
- La France qui compte un des meilleur taux de natalité des pays développés, ce qui est une grande chance pour l’avenir de notre pays, abandonne près d’un quart de cet effectif à un niveau d’instruction approximatif et incompatible avec les besoins d’une société développée.
- Le coût collectif du traitement social curatif de l’illettrisme et du manque de qualification (chômage, RMI, RSA, re-médiation, etc…), ce coût est disproportionné sur 70 à 80 ans d’espérance de vie, sans compter ce qu’il représente de souffrances et de manque à vivre pour les intéressés. Un traitement préventif de l’échec scolaire précoce, dès 5/6 ans, serait naturellement d’un coût infiniment inférieur (selon une étude anglaise liée à l’expérimentation « Every Child a Reader », le coût de la prévention est 20 fois inférieur à celui du traitement social des adultes).
- Le relativement faible niveau moyen d’éducation supérieure en France (selon l’OCDE, l’espérance de scolarisation à l’âge de 5 ans est presque, de 4 ans inférieure en France, par rapport à la Finlande ou à la Suède qui est de plus de 20 ans) est aussi une conséquence de l’échec scolaire précoce. Il est un frein considérable à notre capacité collective de recherche-développement, source de notre croissance économique future, en particulier dans de nouvelles technologies.
- Les premiers pays de l’étude internationale PISA : Finlande, Hong Kong, Canada, Taiwan, Corée du Sud, Australie, par exemple étaient des pays qui, il y a un quart de siècle, étaient d’un niveau économique inférieur ou égal au nôtre. Ils nous ont rattrapé et/ou dépassé par leur croissance moyenne à long terme, par leurs capacités à exporter et à générer un solde courant d’échanges positif, ce qui n’est plus notre cas !


SYNTHÈSE ET ACTIONS PRIORITAIRES
En synthèse : La proportion des jeunes Français en défaut de compétences de l’écrit (niveau 0 et 1 de l’étude PISA sur un total de 6 niveaux) est plus de deux fois supérieure au niveau du pays le plus performant et celle des meilleurs niveaux (5 et 6) très sensiblement inférieure (32 % pour la France et 50 % pour la Finlande).
Cette situation doit être considérée comme un véritable fléau pour la société française :
- D’abord en ce qu’elle touche des personnes dont nous méconnaissons les souffrances car elles restent enfouies au fond des êtres depuis l’enfance.
- Les manques de savoir en lecture/écriture sont fondamentaux en ce qu’ils bloquent l’accès à presque toutes les autres connaissances.
- Comme nous avons pu le vérifier depuis 2003, le « choc » PISA a été important dans les pays les plus concernés qui ont, pour certains appliqué des réformes, à l’exemple de la Corée du Sud qui, bien que déjà très performante en 2000 a spectaculairement amélioré ses scores en 2006. Dans le même espace/temps, la France a continuer de décliner dans le classement.
- Le lien entre la qualité, la durée et l’efficacité du système éducatif et celui de la capacité d’un pays à générer des innovations marchandes et donc à développer son économie, ce lien est un lien des plus directs (vous avez probablement un produit Nokia ou Samsung chez vous !).
- Si bien des personnes en situation d’illettrisme (l’illettrisme n’est à aucun moment synonyme de manque d’intelligence !) savent trouver une place dans la société, il est malheureusement démontré que la délinquance et la criminalité trouve un public disponible chez les enfants en échec scolaire précoce et ensuite les adolescents déscolarisés.

Actions prioritaires à entreprendre :

- Penser le traitement social de manière préventive !
(Se pose alors la question des attentes électoralistes du système politique : le politique, par nature, s’adresse à un public en présentant des solutions curatives qui sont plus écoutées car ces solutions offrent une aide monétaire immédiate, efficace ou non.
Les enfants ne sont pas électeurs. C’est donc aux adultes, aux parents l’exiger des politiques, le virage vers une véritable prévention, c’est l’ambition informative de cette présentation.)

- Dans le système éducatif, agir en priorité, très tôt sur la détection des handicaps, sources de l’échec scolaire précoce, dès la grande section de maternelle, en CP et en CE1 à l’exemple des méthodes de l’APFÉE (sous les formes CLA et CLÉ) sur les trois premières classes afin de se donner toutes les chances de réussite.

- Simplifier le contenu des 4 années de collège en rendant la priorité aux savoirs de base, en Français « vivant et actuel° » en particulier, en développant considérablement le temps consacré à l’appropriation de ces savoirs de base.

- Rechercher un système d’initiation, d’imprégnation et d’information des collégiens par des visites d’entreprises de pointe, de centre de recherches et de développements, en particulier celles qui mettent en œuvre de nouvelles technologies propres et d’avenir. Dans ce monde à reconstruire de manière plus écologique, leur rôle sera plus déterminant que le nôtre. Il est de notre devoir de les y préparer.

- Se donner les moyens de retrouver des filières universitaires qualitatives et qualifiantes.

- Faire une grande cause nationale de la re-médiation des adultes en situation d’illettrisme.

- Lancer des recherches sur la dyslexie et en général sur les sciences qui tournent autour des apprentissages de la lecture et de l’écriture en rassemblant les spécialités : pédagogie, psychologie cognitive, neurosciences.

Manfred Hubert
Responsable Action Illettrisme
Rotary Dijon Ducs de Bourgogne



Sources :
*Études : INSEE, OCDE (PISA est seulement disponible partiellement), MEM-DEPP, HCE sont disponibles et téléchargeables sur Internet.
*Stanislas DEHAENE Les neurones de la lecture. Odile Jacob 2007.

À lire sur le sujet :
*Caleb GATTÉGNO Guide du Maître 1985.
*F.de CLOSETS Zéro faute. Mille et une nuits 2009.
*Éric MAURIN La nouvelle question scolaire. Seuil 2007.
*M-C. BLAIS, M. GAUCHET, D. OTTAVI Conditions de l’éducation. Stock 2008.

La tradition académique française d’étudier les classiques de la littérature ancienne, dès la petite enfance, tend à éloigner les élèves de la langue d’aujourd’hui et de leur donner le sentiment de travailler une langue morte.

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